J'ai mangé mon voisin



J’ai mangé mon voisin, c’était un moins que rien

On n’était pas copain et il tapait son chien
J’ai mangé mon voisin, bon, ça ne se fait point

J’avoue, j’avais faim et le marché était trop loin …

Je l’ai mené à l’abattoir, attaché dans mon camion

Il est resté dans le noir, sans eau, sans air ni attention
Mais voilà : « On ne tue pas les humains, c’est interdit !!! »,
Et comme je suis pas malin, hé ben j’ai pas compris …

J’ai voulu le filer aux chasseurs, des gars du coin
Une cartouche dans le cœur, ça aurait été bien
Mais il ont crié « il est des nôtres, imbécile !!! »,
Alors je suis reparti avec cette tête de con inutile …

J’ai pensé à l’éleveur du coin qui pends ses cochons,
Me disant qu’il ferait comme aux veaux… Ou aux moutons…
Des bons plats pour la ville aux restaus réputés,

Il m’a pris pour débile et gendarmes appelé … J’ai cavalé…

Puis je l’ai mis dans l’arène, comme il s’est énervé,

Pour qu’on prenne la peine de lui mettre un coup d’épée
Mais comme faut pas confondre les pattes et les pieds
Y’a pas eu mise à mort pour la vraie méchanceté …

Alors, vous comprenez, j’ai fini par le manger
Et j’ai donné ses restes à des chats affamés
Je vois pas où est le mal, il était gras et juteux
Les autres se gavent animal, c’est mieux ?

J’ai dit aux jurés « vous, vous aimez de la viande ? »
Mais ça s’est mal passé car leur nature est friande

Seulement de ceux qui se taisent pour finir dans leur panse

Et leur ventre repu n’entend pas les souffrances …

Je me suis expliqué « Je l’ai tué d’un seul coup !!!», 
Ils ont été horrifiés, comme s’ils voyaient le loup
Jugé coupable ils m’ont mis chez les fous
J’ai mangé mon voisin, pis tant pis, pis c’est tout…

Dans ma cellule capitonnée, on me sert du ragout
Ou de la chair bien rosée, des fois y’a des gros bouts
Ça ressemble tout pareil à mon voisin cuisiné
Sauf peut-être les oreilles moins faciles à mâcher...

 

Je suis mangeur d’homme, j’en avais pas le droit
Faut manger animal, mauvaise foi mauvais choix

De leur cœur à leur cervelle, tout est bon, c’est la loi

Mais un de nos pareils, alors là, il fallait pas...


Du coup j’entends la nuit comme des plaintes et agonies

De ceux qu’on dit bêtes, de ceux qui ont un prix
Pour les marchands seulement, les vendeurs de leur sang

On les expose en vitrine et les appelle  « aliments », 

Voilà, j’ai mangé mon voisin, et je sais que c’était mal,
J’ai choisi un humain plutôt qu’une oie ou un cheval,
Il avait pas plus de goût et il était pas mieux,
Il valait pas un sou, en plus il était vieux…

J’aurais dû l’attacher au poteau d’une forêt
Le laisser là à crever, qu’il soit bien faisandé
C’est pas une bonne idée à ce qu’il parait

Les « comme nous » faut pas les abandonner…

 

Alors, j’y comprends rien, pauvre simplet que je suis
On ne mange pas les humains mais les animaux oui
On ne tue pas les humains mais les animaux oui 
On touche à rien des humains mais les animaux oui…

Dans la pièce où je vis, je suis le pote d’une souris
A la vitesse où elle fuit je sais qu’arrive le psy
Lui je le mangerais bien, je l’ai vu poser un piège
Tout ça parce qu’il est grand, il s’en donne privilège…

J’aime pas ces humains qui se sentent supérieurs

Tout un baragouin pour crouter les meilleurs
Ils vident terre et mer pour en faire des ordures
Ils dévorent la nature et des vies bien plus pures…

Pour une fois leur morale je la trouve bien moche
Ce qu’ils avalent, c’est comme souper son proche
La  peur de mourir, la douleur c’est la même
J’ai mangé mon voisin, je vois pas le problème…